Cynthia Leneutre, l'étalon du désert. Roman. Livre pour enfants, littérature jeunesse
Le campement
Cynthia Leneutre. L'étalon du désert. Editions mémoires et Cultures
Une jeune fille, amoureuse des chevaux, réalise son rêve d’aventure : aller en Orient à la rencontre des fameux purs-sangs arabes. Ce premier Roman de Cynthia Leneutre, jeune auteur de quinze ans, est déjà prometteur.
Nous atteignîmes enfin la vallée où il faisait une chaleur épouvantable. Nous passâmes sous un grand portique en pierre. De là haut, je m’étais trompé, ce n’était pas un campement mais un village. Les maisons étaient faites de torchis et constituées d’une terrasse sur le toit. Nous nous arrêtâmes devant une grange où nous laissâmes les chevaux. Le chef me dit :
« Tu logeras chez les Houben. Le matin, tu feras les travaux quotidiens du village et l’après-midi, je t’apprendrai à monter à cheval. Cela te convient-il ?
- Oui, cela me convient parfaitement. »
Il me dirigea dans les dédales des rues du village pour me mener chez les Houben.
Nous entrâmes dans une maison. Il y faisait sombre. Elle était constituée d’une seule pièce. Un grand lit était là, dans un coin. Au milieu de la maison, se situait le foyer. Une grosse marmite était pendue au-dessus. À sa gauche, une table et un banc où un homme et une femme étaient assis. L’homme portait une chemise toute rapiécée* et la femme une vieille veste grise. Elle me dévisagea puis dit :
« Bienvenue chez nous. Je m’appelle Mala et mon mari Rosaldo. Comment te nommes-tu ?
- Mon nom est Oilic. »
À ce moment là, un jeune homme de mon âge entra en trombe dans la pièce.
Il était svelte et mince. Son visage jovial inspirait l’amitié.
De profonds yeux pers* surmontaient un nez fin. Il parut inquiet d’avoir interrompu la discussion. Mala reprit :
« Voilà notre fils Talim, excuse-le pour son entrée. Il va t’emmener visiter le village et vous pourrez faire plus ample connaissance. »
Talim et moi partîmes en direction du corral. Nous passâmes le reste de l’après-midi à discuter et il me présenta aux gens que l’on rencontrait.
Comme la nuit s’annonçait, nous reprîmes le chemin de la maison.
Rosaldo était allé chercher du bois pendant que sa femme préparait le repas. Il était constitué d’un bol de soupe avec un morceau de pain. Ensuite vint le dessert composé de fruits confits. Rosaldo fit rentrer dans la maison les quelques poules, l’âne et la chèvre qu’ils possédaient et ferma la porte. Il nous envoya nous coucher.
Je me réveillai quand Mala sortit les animaux. Tout en l’aidant à préparer le repas, je pensais à la journée qui m’attendait. La jeune femme réveilla ensuite Talim et son père et mit le petit déjeuner sur la table. Après le repas, Rosaldo, son fils et moi allâmes aux champs cultiver leurs maigres récoltes. Ce travail était pénible et lent sous un soleil qui commençait à taper fort mais je ne me plaignis pas car je savais que les autres souffraient autant que moi. Nous revînmes à la case pour le déjeuner. Nous mangeâmes tous de bon appétit après ce dur labeur.
Je quittai la cabane et pris le chemin du corral. J’avais hâte que le chef m’enseigne à monter à cheval. Quand je parvins à l’enclos, il n’était pas encore là. En l’attendant, je m’appuyai sur la palissade et regardai les chevaux. J’en remarquai un tout particulièrement. Il était isabelle* et avait une crinière dense qui volait dans tous les sens. Cet étalon semblait à part. J’étais tellement fasciné par lui que je ne remarquai pas l’arrivée du bédouin.
« Il est beau, n’est-ce pas ?
- Oui, il est splendide. Il s’appelle comment ?
- Oural, mais personne n’a réussi à s’approcher de lui à plus de cinq mètres et il te fonce dessus quand tu es trop proche, alors fais attention.
* Rapiécée : Toute raccommodée
* Pers : D’une couleur entre le vert et le bleu.
* Isabelle : couleur d’un cheval jaune avec la crinière et la queue noire.