Accueil
Remonter
Qui sommes-nous?
Nos services
Marche à suivre
Tarifs
Genres littéraires
Contact
liens
Conseils édition
Fabrication
Manifestations
Diffusion

Fais pas le clone !

 

Marc Dessailly. Longny-au-Perche.

« Bin mon cochon ! ». Mémoires et Cultures.

 

Le thème :

 Lucien, dans la grande ferme familiale percheronne, « La Cochonnière », vient d’avoir un accident mortel. C’est le drame pour sa femme, son frère, sa belle-soeur et son père. Heureusement, le professeur Casalino, voisin et ami, éminent zénie zénéticien, spécialiste du clonage, va aider la famille… Mais a-t-il trouvé la bonne solution ?

 

Acte I : L’accident

 

(Le professeur, Fernand, les deux frères et les deux belles-sœurs, Mécano sont assis autour de la table. Seul Lucien est de dos.  Ils finissent de manger…)

 

Casalino                (se levant) Mes amis, merci encore pour cé délicieux répas. Sylvette, cé cochon, il est extraordinaire !

André                 Au revoir, professeur, à bientôt.

Fernand              A bientôt.

Sylvette              A bientôt.

Angèle                A bientôt.

Casalino                A bientôt. (il sort)

Fernand                 Dis donc, Mécano, as-tu vérifié l’huile du tracteur, ce matin ?

Mécano                 Sûr.

Fernand                 Ça allait ?

Mécano                 (embêté) Bin...

Fernand                 Bin quoi ?

Mécano                 Monsieur Lucien, vous aviez remis de l’huile mardi dernier ?

Lucien                   Ouais.

Mécano                 Alors justement, j’comprenais pas.

Fernand                 Quoi ?

Mécano                 Bin, l’voyant y s’est allumé. Alors j’me suis dis qu’y manquait d’l’huile.

Fernand                 Alors ?

Mécano                 Alors, j’ouvre le capot... Ah ouiche ! De l’huile y’en avait ! Partout ! Sur le moteur, sous l’ capot... Partout !

Fernand                 Bin mon cochon !

Mécano                 Sans vouloir vous commander, m’sieur Lucien, y faut pas oublier de refermer le bouchon quand on rajoute de l’huile. Sinon, ça gicle partout.

Lucien                   Ouais.

Mécano                 Allez, il faut y aller. La moiss’ bat’, elle va pas se réviser toute seule. Vous venez monsieur Lucien ? (ils sortent tous deux)

Sylvette              A tout à l’heure, les hommes.

(Elles commencent à débarrasser la table)

André                    Encore un petit café et je les suis.

Fernand                 T’es prévoyant, mon gars, c’est bien.

André                    Prévoyant, papa ?

Fernand                 Bin, ouais. Réviser la moiss’ bat’ à Pâques, ça c’est d’la prévoyance. On va pas s’en servir avant au moins trois-quatre mois.

André                    C’est pas du temps de perdu. Et puis tu sais bin qu’avec Lucien…

Fernand                 Quoi ? Qu’est-ce que t’as contre ton frère ?

André                    J’ai rien contre mon frère. Mais si on lui donne rien à faire, bin y fait rien.

Sylvette                 Mon homme c’est pas un paresseux.

André                    Mais, bon d’là ! C’est pas ce que j’ai dit.

Angèle                   Non, c’est pas ce qu’il a dit.

André                    Ah ! J’dis qu’Lucien il a pas d’idées.

Sylvette                 Mon homme il n’est pas bête.

Fernand                 Ton frère c’est pas un sot.

André                    Mais, bon d’là ! C’est pas ce que je dis.

Angèle                   Non, c’est pas ce qu’il dit.

André                    Ah !

Sylvette                 Bin, qu’est-ce que tu dis alors ?

André                    Je dis que si on ne lui donne pas du boulot, y fait rien. Parce qu’il pense pas à faire. Mais si on lui donne du boulot, il le fait. Mais que si qu’on lui dit rien, y fait rien.

Angèle                   Allez, toi aussi, là, tu fais rien. Finis ta tasse. Je vais la laver.

(Entrée de la factrice)

André                    Bonjour, factrice ! Un café ?

La factrice             Bonjour ! Ah, je veux bien. Beau temps aujourd’hui, non ?

Fernand                 Un peu frais.

André                    Un peu frais.

Angèle                   Un peu frais.

La factrice             Je viens de croiser l’Alfa Roméo de votre voisin. Il est en vacances ?

André                    Oh ! Il vient, il va. Des fois, il passe deux week-ends. Des fois on ne le voit pas pendant trois mois.

La factrice             On ne le voit pas souvent dans le bourg.

Angèle                   Non, il n’a pas le temps. C’est un grand savant, vous savez.

Sylvette                 Oui, un grand professeur. Dans son pays, il était célèbre mais on raconte qu’il a dû partir.

La factrice             Son pays ?

André                    Oui, il est Italien.

La factrice             Et pourquoi ?

André                    Parce que ses parents étaient Italiens, tiens !

La factrice             Non, pourquoi il a dû partir ?

Sylvette                 On raconte qu’il tripotait… Des trucs louches… Peut-être sur des femmes ?…

La factrice             Oh, là là! Comment ça ?

Angèle                   Bin, on ne sait pas bien. Le professeur Casalino, il est discret, vous savez.

La factrice             Casalino ? Ah, mais si. C’était un très brillant généticien, doublé d’un excellent chirurgien. Il a fait parler de lui, effectivement, il y a cinq ou six ans. C’était dans le domaine du clonage… Oui, je me souviens, c’est ça, dans le domaine du clonage.

Fernand                 Il avait un grand domaine ?

La factrice             Je veux dire dans la « science » du clonage.

André                    Moi, j’y connais rien.

Angèle                   En tous cas, c’est un bon voisin. Et à chaque fois qu’on tue le cochon, hop ! Il débarque, on mange le boudin tout chaud. Et il repart avec ses rôtis, ses saucisses, ses andouillettes, ses côtes…

Sylvette                 Tiens, il n’a pas pris de lard, cette fois-ci.

André                    Non, il n’a pas pris de lard.

Fernand                 Non, y’a pas pris d’lard.

(La factrice se levant.)

La factrice             Allons, j’ai fini ma tournée. J’aime bien m’arrêter chez vous. Vous êtes les derniers de ma tournée, ici « au bout du monde » comme je dis.

André                    Ouais, au lieu de s’appeler « La Cochonnière », notre ferme, elle aurait pu s’appeler « Au bout du monde ».

La factrice             A demain.

André                    A demain.

Sylvette                 A demain.

Angèle                   A demain.

(La factrice pointe un doigt sur Fernand.)

Fernand                 A demain.

La factrice  (A part.) Ah, je savais bien qu’il en manquait un.

Angèle                   Oh, Fernand, vous revoulez un café ?

Fernand                 Non, c’est pas bon pour mon cœur.

Sylvette                 Non, c’est pas bon pour son cœur.

André                    Non, c’est pas bon pour son coeur. Bon, je vais aux cochons. Puis après j’irai voir Lucien et Mécano à la moissonneuse batteuse. (Il sort.)

Sylvette                 Encore une longue après-midi qui commence…

Angèle                   Oh, bin tu n’auras pas le temps de t’ennuyer. Il faut finir de trancher le lard ; préparer les crépines ; nettoyer les bocaux ; aller chercher un peu de foin pour cuire les andouilles.

Fernand                 Ça, j’m’en occupe.

Angèle                   Ficeler les rôtis ; mettre les saucisses sur un plateau pour les congeler ; éplucher quelques échalottes pour les pâtés ; emballer les côtes par huit.

Sylvette                 Bin, mon cochon !

Angèle                   Tu as pensé à acheter des sacs ?

Sylvette                 Oui, ce matin en descendant au bourg.

(La mère Paulette et son fils entrent.)

Paulette                 Bonjour la famille.

Sylvette, Angèle     Bonjour la mère Paulette. Bonjour Tijo.

Paulette                 Dis bonjour.

Tijo                       Humm.

Paulette                 Z’avez encore tué un cochon hier?

Angèle                   Ouais. C’était pas un cochon, c’était une coche.

Sylvette                 Et on vous a gardé un bout de boudin.

Paulette                 Ah c’est gentil ! On l’aime bien le boudin de chez vous, hein Tijo?

Tijo                       Humm.

Paulette                 Et vos hommes, ils sont partis?

Angèle                   Oui, y’a pas dix minutes.

Sylvette                 Oui, y’a pas dix minutes.

Fernand                 Oui, y’a pas dix minutes.

Paulette                 Ils sont pas fainéants, vos gars. C’est bien, ça. Mon homme non plus c’était pas un fainéant. Hein, qu’c’était pas un fainéant, Tijo ?

Tijo                       Humm.

Paulette                 Mais, voilà, y est plus là. Y est parti. Et puis il m’a laissé ça ! (Elle frotte les cheveux de Tijo.)

Angèle                (à part) C’est pas un cadeau.

Paulette              Bon, bin je prends mon boudin, hein !

Sylvette                 Tenez, la mère.

Paulette                 A demain ?

Sylvette                 Oui, si l’temps tourne pas à la pluie.

Angèle                   Oui, si l’temps tourne pas à la pluie.

Fernand                 Oui, si l’temps tourne pas à la pluie.

(Ils sortent.)

Angèle                   Sacrée mère Paulette. Elle n’a pas de chance avec son gamin.

Sylvette                 Non, elle n’a pas de chance. Mais le curé il dit toujours qu’il faut avoir : si pas de l’amour au moins de la… compassion. Pour les pauvres gens.

Angèle                   Ça c’est vrai.

Fernand                 Ça c’est vrai. Mais qu’est-ce qu’il a au juste le Tijo ?

Angèle                   Il est toujours comme ça : « Humm... » Je ne l’ai jamais entendu dire autre chose.

Sylvette                 Mais la malchance elle peut tourner.

Fernand                 Ça s’est vu.

Angèle                   Ça s’est vu.

Mécano                 (entrant) Lucien il a eu un accident !!!

Angèle                   Quoi, qui ça ?

Mécano                 Lucien !

Sylvette                 Qu’est-ce qui est arrivé à mon homme ?

Mécano                 Y est tout écrabouillé ! (Il s’effondre sur le banc.) Y’en a partout !

Fernand              Mon gars !

Mécano                 Non, restez là ! J’ai appelé tout de suite André. Il est avec. Mais faut pas y aller, c’est pas beau à voir.

Sylvette                 Moi, j’y vais ! (Elle sort avec Fernand.)

Angèle                Mais comment ça s’est passé ?

Mécano                 Ah ! Laissez-moi me remettre. C’est… Bin, voilà, on faisait la révision du moteur. On faisait des essais. Lucien y s’est penché et c’tte machine elle s’est emballée. Elle l’a attrapé. Il est passé dedans. De la bouillie je vous dis, madame Angèle.

(Fernand revient, André soutient sa belle-sœur qui pleure.)

André                    Mon Lucien, mon, frérot. (Il étreint sa femme, ils s’assoient.)

(Au public.)           Au début… La belle vie. La campagne. Un bon cochon. Du travail pour toute la famille. Les gens seraient venus de loin pour nous voir. Une bonne comédie qu’ils auraient dit. Bin, non. Mesdames, messieurs, vous assistez à une tragédie. Ne riez plus. Pleurez. Vous pouvez rentrer chez vous.

(Le professeur entre en coup de vent.)

Casalino                Ah mes amis. Zé réviens. Zé souis bête. Zé mé souis rendou compte qué z’avais oublié lé lard.

Ma… Qu’est-ce qué vous avez ?

Fernand                 Mon petiot, mon Lucien, il est mort.

Casalino                Ma ? Como ?

André                    Il est passé dans la moissonneuse-batteuse.

Angèle                   Il faut appeler le SAMU, les pompiers…

André                    Oh, ça sert plus à rien.

Angèle                   Les gendarmes !

Fernand                 P’t’être bin. Pour qu’ils constatent.

Mécano                 Pour qu’ils constatent quoi? Y’en a partout ! Ils vont bien voir qu’il est passé dans la moulinette.

Fernand                 Mais y est mort. Faut bin l’dire ! Au curé, à l’état civil, à la mairie, à la sécu, à la caisse de retraite, aux pompes funèbres…

Angèle                   Oui, papa. On préviendra tout le monde. Je... Je vais me charger de ces formalités. Pour toi ma belle-soeur chérie.

André                    Oh bin, y aura pas besoin d’un grand cercueil, va ! Un tipernoire ça suffira !

(Sylvette crie et pleure.)

Angèle                   André, arrête !

Casalino                Allons, mes amis… Vous ne savez pas qui zé souis… Oun tupperware, dites-vous ? Non, oun éprouvette souffit… Même pas… Zé vous en prie, né pleurez plous.. Zé peux tout faire... Montrez-moi où il est.

(André et le professeur Casalino sortent.)

 (...)

 

Visiteurs total du site :

Hit Counter

Contactez-nous: memoireculture@club-internet.fr

Dernière modification :26 juin 2008