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L’embarcation est encore pleine

 

L’embarcation est encore pleine,

Femmes et enfants, jeunes et adultes y sont entassés,

Cette scène que je vois est macabre, triste et humiliante.

Où vont-ils en pleine aurore défiant l’air frais de la Méditerranée ?

Qu’est-ce qui les pousse à laisser inopinément la terre de leurs aïeux ?

Pour se plonger dans l’inconnu voilé de doute et d’incertitude ?

 Personne n’est à même de répondre à mon interrogation.

Sur ces visages pâles et refermés se lisent l’angoisse, l’inquiétude et aussi de la naïveté.

Ce sont des hommes lassés d’être oubliés, ce sont des âmes qui ont trop subi d’injustices,

Ce sont des hommes qui semblent-ils veulent aller voir ailleurs à la recherche d’un bonheur perdu.

 L’embarcation est pleine, elle fait route vers Melilla ou Lampedusa.

À son bord, des êtres avachis par la misère, des hommes de peines qui en ont marre de cette vie de grabat.

 Trois siècles avant, sur cette même côte, étaient entassés de force, de jeunes braves qui faisaient route vers l’Amérique.

 Trois siècles après j’assiste à une scène quasi la même, seul bémol : tous ces gens qui s’y entassent veulent s’extirper de la misère qu’on leur a imposée, de l’injustice dont ils sont des victimes expiatoires.

Aujourd’hui, l’embarcation a changé de direction, ce n’est plus l’Amérique via Nantes, mais Melilla ou Lampedusa.

Et pendant ce temps, nos maîtres les colons, véritables instigateurs de ce drame feignent de ne rien comprendre à ce phénomène si alarmant.

Chacun d’eux avance sa thèse, ceux-là qui croient avoir « eu la chance » d’être né près de l’opulence disent qu’ils faut en construire une barrière…

 Tous feignent ne rien comprendre à cette triste émigration. Même les petits sujets, même les petits valets servant de béquilles à l’empire colonial s’insurgent.

 L’embarcation est pleine, ce soir ou demain, elle fera route vers le Nord.

Mais avant que vous n’érigiez vos barrières, ne pensez plus appauvrir nos terres, ne nous fixez plus le prix du cacao ou du café, ne nous imposez plus des moins que rien au nom de vos intérêts, pensez à fermer les portes de vos multinationales et laissez-nous le temps de respirer.

 Je vous dis en vérité, lorsque vous auriez noté ces recommandations, la Méditerranée ne sera plus agitée, ces têtes noires qui vous donnent paraît-il la nausée ne viendront plus chambouler vos matins.

Josusé Beam Wase. "Elom refoulé". Nouvelle, poèmes.

Éditions mémoires et Cultures.

 

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Dernière modification :26 juin 2008