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ISBN :
978-2-916062-47-5 387 pages. Prix : 20 € 14 x 20,5 cm
Dans
cet ouvrage, on retrouve Jacques, le héros d'un précédent roman
autobiographique. Le jeune résistant qui avait quitté son domicile
familial à l'âge de 17 ans était parvenu à rejoindre les Forces Françaises
libres gaullistes à Londres via l'Algérie, le Maroc et Gibraltar.
Aussitôt renvoyé en Algérie, il participe aux opérations
d'appui au débarquement des Alliés en novembre 1942. Jeune officier, son
unité est engagée dans les opérations Nord africaines puis en Italie et
enfin dans ce qui est appelé la campagne de France.
La victoire acquise, il décide de revenir en Algérie pour
s'y installer. Il y trouve un emploi et entame des études pour obtenir un
diplôme d'ingénieur en Travaux Publics.
Mais l'avenir de l'Algérie s'assombrit déjà : une grave
insécurité civile s'installe et enfle. Il faut envisager de quitter ce
pays.
Au cours d'une période militaire qui vise démontrer la
force de la France et à décourager les orientations indépendantistes
naissantes, le héros se lie d'amitié avec un autre jeune officier qui est
diplômé de l'École Polytechnique. Leur amitié se voit renforcée par une
véritable complicité qui s'établit entre les jeunes femmes qui partagent
leur vie.
Les deux couples deviennent inséparables et réussiront à se
retrouver au Pakistan employés dans une entreprise française qui a
remporté une importante adjudication internationale.
Jacques y partage les succès et les difficultés rencontrées
par d'autres anciens élèves de l'X qui s'appellent entre eux " Habits
Rouges " parce que leur uniforme est doublé intérieurement d'une percale
rouge.
Extrait
Dans la section de l’administration où Jacques travaillait,
Colonisation et Hydraulique, à Alger, ça se passait assez bien pour lui,
sauf avec le chef de bureau, qui était un grade au-dessus de lui. Un
ancien élève de l’école des travaux publics, un sujet conscient et
pensant, très sûr de lui, égocentrique, égoïste, n’hésitant pas, par
exemple, à se servir sans raison apparente de la seule voiture de service
pour rentrer chez lui le soir, à quelques centaines de mètres du bureau,
alors que cette voiture devait être utilisée à la première heure le
lendemain matin par un agent qui faisait plusieurs centaines de kilomètres
pour se rendre sur un site sans autre moyen de transport. On était à moins
d’un an après la libération, les constructeurs d’automobiles prenaient des
commandes avec un acompte de cinquante pour cent et une livraison à plus
ou moins dix-huit mois, sous condition du règlement de l’acompte. Rien
n’était facile à cette époque.
Quand Jacques était arrivé dans le service, on ne savait où
l’installer. A l’exception de la pièce du chef de bureau, tous les autres
locaux étaient occupés par plusieurs agents (dans chaque bureau). Il ne
pouvait être question de rajouter une table dans l’un d’eux, parce qu’il
n’y avait pas la place pour la mettre. Le chef de bureau refusait de
couper en deux par une cloison de bois, son propre office, prétextant
qu’il ne disposait que d’une seule fenêtre, ce qui aurait bien évidemment
privé d’ouverture et d’éclairage naturel par conséquent, tout nouvel
occupant.
L’ingénieur en chef, que Jacques avait rencontré plusieurs
fois déjà, lui demanda ce matin-là, si son installation prenait forme,
c’était la question que Jacques souhaitait entendre. Il expliqua à son
patron le problème que posait son arrivée dans les locaux existants. Alors
celui-ci appela directement une agente, l’archiviste, en laquelle il
paraissait avoir une confiance totale. Il avait aussi pour elle beaucoup
d’estime et elle était ravie de pouvoir faire quelque chose pour lui. En
attendant qu’elle les rejoigne dans le bureau où ils étaient, l’ingénieur
en chef expliqua brièvement la raison pour laquelle il avait tout de suite
pensé aux qualités pratiques et au sens de la créativité de cette jeune
personne, pour régler ce problème. Le patron précisa en regardant Jacques,
que la demoiselle Pasquier avait déjà apporté des solutions à des
problèmes du même ordre. A peine, le patron avait-il résumé la situation,
qu’elle proposait de vider, de nettoyer et peut-être de repeindre la
grande pièce servant de débarras située entre les archives et la pièce où
ces dames corrigeaient leur tenue, fumaient une dernière cigarette,
enfin : le rest room du S.C.H. La porte de ce débarras et la fenêtre qui
l’éclairait, donnait dans le couloir conduisant aux toilettes. C’était
sans doute la raison pour laquelle cette pièce était restée sans
affectation. Le patron rappela que cette situation serait provisoire
puisqu’il était envisagé de construire des bureaux neufs d’ici deux ans.
Après cette précision, Jacques douta de lui. A si long terme ! C’est long
deux ans de travail dans l’inconfort. Peut-être aussi que le chef de
bureau ne resterait pas deux ans de plus. Après son départ Jacques
pourrait revendiquer son bureau, ou bien Jacques ferait d’ici là, l’objet
d’une mutation.
Furent entrepris, sous le contrôle de mademoiselle
Pasquier, les travaux qu’elle avait envisagés. Une équipe déménagea les
archives après en avoir amélioré les emballages, nettoya murs et plancher,
et fit des ragréages de peinture. Un ensemble de meubles presque neufs
livrés et disposés dans la pièce sur les recommandations de l’archiviste
souleva un problème entre celle-ci et le chef de bureau décidé à prélever
une partie de ces meubles et les échanger avec certains des siens. La
demoiselle s’opposa à cette opération, menaçant d’aller se plaindre auprès
de l’ingénieur en chef si cela était nécessaire. Le chef de bureau dut
s’écraser. Décidément cette archiviste était vraiment efficace et savait
comment faire avec ce genre de personnage. Jacques la remercia et lui dit
combien il comprenait maintenant la décision de l’ingénieur en chef de lui
confier ce problème, réglé grâce à elle, tambour battant. Jacques qui
avait suivi avec intérêt cette affaire pensa pour lui-même que
l’intervention du chef de bureau pour échanger les meubles à son profit,
comme la réaction de l’archiviste s’opposant à cette solution, était d’une
nature plus compliquée que ça ne paraissait. Il en voulait pour preuve, le
ton courtisan, un peu mielleux accompagné de sourires enjôleurs utilisé
par le chef de bureau pour prétendre s’attribuer les meubles qui lui
plaisaient. La réponse négative de la jeune personne, menaçant de faire
intervenir l’ingénieur en chef et le retrait sur la pointe des pieds du
prédateur laissaient penser qu’il y avait déjà eu des antécédents entre
eux.
Jacques occupa son bureau et obtint le concours de
l’ensemble du personnel pour cela. Le succès de l’intervention de
mademoiselle Pasquier laissa des traces. Les employés pensèrent qu’elle
avait su se faire valoir une fois de plus, mais en s’exposant comme seule
pouvait le faire une jeune personne de sa qualité. Quelque temps plus
tard, Jacques et l’archiviste se rencontrèrent par hasard à la brasserie
des facultés, en face de l’université. Il en profita pour remercier à
nouveau la jeune femme qui avait si bien su régler son problème. Elle
l’arrêta en lui précisant qu’elle avait déjà été remerciée par l’ingénieur
en chef qui lui avait transmis aussi les compliments de Jacques.
- Ah ! Si même mon patron me double, que vais-je devenir ?
Peut-être accepteriez-vous de dîner avec moi, quand vous le voudrez. Il me
semble que c’est la meilleure façon de faire plus ample connaissance ».
Elle lui promit une réponse avant la fin de la semaine.
Le dimanche suivant, ils dînèrent dans un petit restaurant
sympathique, de la rue Charras, qu’elle ne connaissait pas. Au tout début
de la soirée la conversation porta sur le S.C.H. comme ils s’y attendaient
l’un et l’autre. Elle proposa alors, que d’un commun accord, ils décident
d’un autre sujet.
- Oui, dit Jacques, comme vous êtes mon invitée, je vous
laisse le choix du sujet.
- Je ne vous connais pas et pourtant j’aimerais savoir
votre parcours, ce que vous avez fait avant votre venue en Algérie. De
quelle région de France venez-vous ? Où étiez-vous durant la guerre ?
Avez-vous de la famille dans ce pays ? demanda-t-elle.
- Pour que vous ne regrettiez pas de m’avoir invité à
parler de moi-même, ce que je peux faire longtemps et sans complexe, je
vais vous épargner les années 1941 à 1945 consacrées à la guerre comme
volontaire. J’ai témoigné sur cette période dans un journal local et à une
revue littéraire que vous avez peut-être eu l’occasion de parcourir. Et
pour répondre à votre dernière question : Je n’ai pas de famille en
Algérie. Mais, j’espère y avoir bientôt des amis. En commençant peut-être
par vous, Mademoiselle Pasquier, dont je n’ai pas entendu citer jusqu’à
maintenant, le prénom.
- Si je développe votre idée, vous comptez m’appeler
ensuite par mon prénom, ce qui n’est pas courant sous notre
latitude.
- Je ne voudrais pas vous obliger, si cela ne vous agrée
pas, je continuerai d’utiliser « Mademoiselle », par ailleurs un titre
sympathique.
- Mais comme je ne voudrais pas que vous me croyiez
bégueule, je vais vous dire mon prénom, à une condition : que vous évitiez
d’utiliser les stupides lieux communs que j’entends chaque fois que je le
cite. Promis ? Je vous fais confiance, je m’appelle : Hermine.
- Vous avez bien fait de m’extorquer cette promesse, car je
n’aurais pas manqué de tomber dedans, de vous dire ce que vous ne vouliez
pas entendre. Néanmoins, sans manquer à ma promesse, je peux tout de même
dire qu’il est peu utilisé, de plus nous avons chacun de nous un travers
au sujet de nos prénoms.
- Accepterez-vous que je vous appelle à présent par votre
prénom ? Une autre question, l’ingénieur en chef sait-il votre prénom ? Il
ne l’a jamais utilisé en ma présence.
- Je n’ai pas de raison de vous répondre, vous savez déjà
ce que je vais vous dire.
- Je souhaite pourtant vous entendre.
- Il me semble que notre patron a plus que de la sympathie
pour vous, je ne voudrais pas lui nuire ou vous nuire.
- Il est vrai que je pense qu’il a une certaine amitié pour
moi, mais je sais aussi qu’il est marié et qu’il a deux petits bonshommes,
que je ne laisserai pas se détériorer l’état d’esprit existant dans le
service, et je ne veux pas nuire à son couple.
- Bravo Hermine, vous êtes une fille bien, ce qu’il
n’ignore sans doute pas. Ce qui me permet aussi de comprendre que je ne le
prenais pas pour un rival, et lui non plus lorsque je vantais votre
intervention dans mon problème de place et qu’il faisait chorus avec moi
pour citer vos qualités.
- Dites donc jeune homme ! Vous ne pensez pas que vous vous
êtes déjà bien introduit dans ma vie personnelle en traitant ces questions
avec une certaine liberté ?
- Dites donc Hermine ! Ne pensez-vous pas qu’il serait
temps de m’appeler par mon nom, puisque je me permets de parler librement
de vos sentiments personnels ? |