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René de Moras, propos décousus, poème écologie, massacre en Perseigne Massacre en Perseigne René de Moras. Propos décousus. Editions Mémoires et Cultures. J’ai parcouru, fiévreux, Nos splendides futaies, Chassant, en amoureux, Le champignon, la baie,
Empreinte du chevreuil, Bauge du sanglier, Le jeu de l’écureuil, Feux de l’œil, par milliers;
La teinte du soleil, Faufilant sous la branche, Le reflet sans pareil, Transformant en dimanche
Chaque rameau du bois, Chaque feuille de hêtre, L’écrevisse aux abois Guettant à sa fenêtre,
Choses de rien faisant Que d’un rien, tout peut naître, Plaisir du maintenant, Et de demain, peut-être...
Je chassais le roi Cèpe, En haut du marécage, Dôme brun à son faîte, Quand j’ai vu le carnage ! J’ai suivi à la trace Un couillon forcené, Qui, tel un chien de chasse, Casse tout ce qui naît.
Peut-être étaient-ils deux, Joutant de connerie, Bousillant à eux deux Toute la féerie !
Rond de sorcière, Dans son mystère, Le coprin pie Et son habit, Tout était renversé, Saccagé, piétiné. Des fleurs de champignons, Tout était en trognons !
Vireuse, Lépiote, Vineuse, Psalliote,
Rouge de la tue-mouches, Si belle sur son pied, Étendue sur sa couche Par ces deux va-nu-pieds !
Et pourtant s’ils savaient, Ces idiots ignorants, Ce que près, en cherchant, Si bon ils trouveraient !
Dans leur rage de tuer, De casser, d’écraser, Ils en ont oublié Le plus beau des bolets :
Je fus bien étonné D’en revoir un, vivant, Épargné, oublié, Tremblotant, implorant.
J’en appelle aux drogués, Aux chercheurs du dimanche, Aux têtes fatiguées : Laissez-leur une chance
De vivre et de mourir, Lentement, calmement; Ne faites pas périr Ce tapis chatoyant,
Mais admirez plutôt Tous ces plaisirs de l’œil Qui feront, très bientôt, Votre joie, notre orgueil.
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