Après le gris fracas du vent, plus mélancolique (à
présent
qu’avril
peint en vert les lacs et en blanc les haies)
d’un ciel très lointain un soleil anonyme
arrive ici-bas, où sur les disques reviennent
les chansons d’amour...
Comme après Noël, à la lueur tremblante d’un tison
parmi les neiges sabines (tu t’en souviens?) je
somnole
près de la cheminée,
et un spectre qui te ressemble voltige
sous la lampe à rayons infra-rouges qui colore
les couples protégés par le noir des coins,
surpris par la bougie d’un garçon lent qui apporte
sur les tables
où l’on entend des murmures et des baisers, des
flacons de gin.
Un spectre qui fuit et que j’aime,
joue à cache-cache avec mon cœur
(glycines molles sur un troène sec).
Il y a dans l’air l’odeur du jour où tu vins
tremblante auprès de moi (on joue Lohengrin...).
Nous avons scellé un pacte et les mains baguèrent
les annulaires d’or et de noms gravés.
Cela ne semble pas vrai... Sur le bord de la flamme
qui frémit dans les autres voix (comme la parole
d’une
âme vivante)
se consument en fumée les frissons
et les espoirs illicites.
C’est au point de rencontre que nos fables butent
comme la hache sur le
nœud
et le feu sur le mouillé.
Je pensais jadis, que l’amour avait un langage
compréhensible et humain...
Mais si c’est çà l’amour... (une folie d’accusations,
une
clôture
de clous, un examen anxieux et les doigts pointés
pour
accuser),
mais si c’est ça l’amour… Il revient le spectre
que je fuis et que j’aime...
Si
c’est çà l’amour,
je crois maintenant qu’il est fils de la haine...
Douce vallée
chantante: la nuit fardée par les lumières
séduisantes
de la métropole,
maintient encore sur la mer une raie de sang:
horizon égratigné par les éclairs, envahi par le
soleil,
par le soleil qui revient... Le sourire
du soleil est agréable aux mortels et l’amour même
n’a
pas le droit
de faire attarder les nuages au-delà du soir...
N’appelle pas la pluie bien que tu sois enclose dans
une
autre tiédeur,
bien que ma langueur
se noue et se dénoue devant une flamme
au rythme d’un chant bleui par la fumée et par le
gin.
Aldo Onorati, Les espoirs
illicites.
Éditions mémoires et cultures