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Rencontre (début du roman)
Maelig s'avançait lentement regardant chaque photo suspendue et s'arrêta devant le portrait dessiné, d'une hauteur de un mètre qui représentait la chanteuse Fabiola RAZINSKI. Les cheveux longs, châtain clair auréolaient la douceur et la délicatesse du visage, le regard semblait perdu dans un rêve intérieur, la bouche délicatement ourlée dans un sourire mutin lui donnait un air malicieux. Par amitié pour Stéphane qui organisait cette exposition de photos, et qui inaugurait ce soir là sa nouvelle galerie, elle avait donné son accord pour y participer. Photographe, elle parcourait le monde fixant pour l'éternité des milliers de visages inconnus, instants fugitifs, émotions furtives qu'elle s'appropriait pour les faire renaître figés à jamais sur du papier glacé. Rentrée depuis trois jours du Mexique, accaparée par la préparation de l'exposition, elle n'avait guère eu le temps de se reposer, et ressentait maintenant une certaine lassitude, sûrement due au manque de sommeil, mais elle devait s'avouer surtout qu'elle prenait moins de plaisir à ses voyages. A 33 ans elle aspirait maintenant à rester un peu plus chez elle. Depuis une dizaine d' années, elle faisait deux à trois voyages par an, restait un minimum de deux mois dans chaque pays et passait trés peu de temps à Paris. Elle travaillait pour différents magazines de photos qui lui commandaient des reportages, ce qui l'emmenait loin de chez elle neuf mois sur douze. Oui, il fallait qu'elle prenne le temps de faire le point, cela devenait une nécessité. - Magnifi i i que... ! Maelig sursauta, perdue dans ses pensées, elle n'avait pas vu arriver Thomas, le petit ami de Stéphane, et son grand ami à elle. Grand, mince, brun, beau garçon, un regard de velours qui vous enveloppait et ne vous lâchait plus, un bagout assez haut perché, Thomas passait difficilement inaperçu. - Magnifi i i que... ! ma chérie, ton portrait de Fabiola est simplement géni i al ! Maelig assez réticente au début à la proposition de Stéphane car le thème sur les chanteurs ne l'enchantait guère, avait finalement accepté. Fabiola RAZINSKI n 'occupait pas une place prépondérante dans ses préférences musicales jusqu'à ce qu'elle assiste à un de ses concerts, tout à fait par hasard d'ailleurs. Thomas et Stéphane devaient aller la voir à l'Olympia, et par malchance, Stéphane était couché avec une grosse angine. Thomas lui proposa de le remplacer et elle se retrouva assise au deuxième rang à l'Olympia à un concert d'une chanteuse qu'elle aimait écouter de temps en temps sans plus, contrairement à Thomas et Stéphane, fans incontestés et qui ne rataient aucun de ses concerts. Mais au fur et à mesure des chansons, elle se laissa charmer par sa voix de cristal, limpide, qui, par moment, déferlait en vagues successives de douceur et de souffrance, de douleur et de joie. Elle fut surprise par sa simplicité, par sa sincérité, par sa fusion avec le public. Et lorsque le rideau se referma définitivement sur la chanteuse, pendant quelques minutes elle ne bougea pas, encore envahie par toute l'émotion que Fabiola avait laissée planer dans la salle. Les photos exposées provenaient de cette soirée. Soigneusement choisies, chacune d'elles mettait en valeur la douceur, le charme de la chanteuse. Trois photos en couleur, intercalées entre celles en noir et blanc, donnaient une note légère. Elle avait trouvé original de terminer par un portrait dessiné de Fabiola. Ayant fait trois années aux Beaux -Arts, s'étant perfectionné dans les portraits, il lui restait un bon "coup de crayon", et elle aimait d'après des photos, reproduire celles-ci en dessin. Un peu moins grand que Thomas, blond, visage doux, yeux bleus, réservé, contraste total avec Thomas, Stéphane s'approchait : -Superbe tes photos, tu me les avais cachées... ! et ton dessin, simplement... parfait… ! C'était vrai que le soir du concert de Fabiola, Stéphane lui avait fait promettre de prendre pour lui le plus de photos possible, ce qu'elle avait fait, mais elle n'avait pas eu le temps de développer toutes les pellicules, elle ne lui avait pas dit, partant le surlendemain pour un reportage à l'étranger. -Promis, à la fin de l'exposition, je te les donnerai. -Bon, alors je te pardonne... viens, je vais te présenter aux deux autres photographes. Thomas les suivit. Il ne tenait pas en place, plus surexcité qu'à l'ordinaire. -Qu'est ce qu'il a, demanda doucement Maelig à Stéphane. Celui-ci haussa les épaules sans répondre. La salle commençait à se remplir ; l'heure de l'inauguration approchait. -Je te présente Eric et voilà Daniel. Ils lui firent faire le tour, Eric avait choisi Mylène Farmer, Daniel : Johnny Hallyday. Tous deux photographes amateurs, ils présentaient leur première exposition. Son oeil de professionnel détecta quelques défauts, et les photos auraient pu être un peu plus travaillées, mais pour un début, l'ensemble ne manquait pas d'intérêt. Thomas regardait sa montre. -Et Samantha, elle vient ? demanda t il à Maelig. -Oui, elle ne devrait pas tarder. Thomas n'aimait pas trop Samantha, Stéphane non plus d'ailleurs. Ils la trouvaient trop "bourgeoise". Justement, elle arrivait, accompagnée de Stéphanie et Valérie, amies de Maelig. Celle-ci leur fit un signe. Samantha cheveux courts, blonds, yeux marrons, mince, pantalon et veste courte blanche, à la dernière mode, se frayait un chemin difficilement. Leur relation durait depuis deux ans ; Samantha, traductrice, voyageant beaucoup elle aussi, elles se retrouvaient épisodiquement, quelques jours. Cela convenait parfaitement à Maelig, qui voulait conserver un peu de liberté, un peu moins à Samantha, qui aurait préféré qu' elles se voient plus souvent et surtout plus longuement, de plus, Samantha étant américaine, elle retournait souvent aux Etats-Unis, mais elles arrivaient quand même à se réserver régulièrement trois ou quatre jours toutes les deux. Maelig eut à peine le temps de leur dire bonjour, Stéphane vint la chercher ainsi qu'Eric et Daniel. -Venez. Stéphane demanda le silence, puis il prit la parole. -Merci d'être venus aussi nombreux. Je suis trés heureux d'inaugurer cette nouvelle galerie, ouverte à tous les artistes débutants, peintres, potiers, sculpteurs... Ce soir, j'ai le grand privilège de vous présenter Maelig Su Ching, photographe de talent, qui a bien voulu être l'invitée d'honneur, Eric Guérin et Daniel Minura, photographes amateurs, qui exposent pour la première fois. Je leur ai imposé un thème : les chanteuses, les chanteurs. Je vous laisse maintenant découvrir leurs oeuvres. D'un seul coup, les lumières se rallumèrent, éclairant les photos, tandis qu'une chanson de Fabiola emplissait la grande salle. Maelig, qui discutait avec un journaliste fut éblouie par de fortes lumières, alors qu'un lourd silence s'installait. Elle se retourna et se demanda si elle ne rêvait pas : Vers elle, un micro à la main, Fabiola RASINSKI s'avançait en chantant ; les gens médusés, s'écartaient pour la laisser passer. Maelig, la surprise passée, sentit une colère l'envahir petit à petit ; elle chercha des yeux Thomas car ce ne pouvait être que lui pour avoir une idée pareille ; elle l'aperçut, un large sourire éclairait son visage. Elle lui lança un regard courroucé, il ne perdait rien pour attendre ; Fabiola arrivait à sa hauteur. Maelig ne bougeait pas, ne sachant trop comment se comporter, les caméras braquées sur elle et Fabiola. Elle connaissait cette émission qui remportait un énorme succès pour l'avoir regardée une fois à la télévision. Elle s'appelait : "soirée magique, moment de rêve" : un chanteur ou une chanteuse faisait la surprise à un de ses fans, de venir à l'improviste le voir. Elle s'était dit qu'elle n'aimerait pas être à la place de ces personnes, filmées par surprise, et voilà que ce soir, c'était elle qui se trouvait dans cette situation. La chanson était terminée, Maelig, tétanisée, ne savait trop ce qu'elle devait faire. Elle s'était déjà trouvée plusieurs fois dans des conditions délicates, pendant ses reportages, mais jamais face à des caméras qui épiaient le moindre de ses gestes, de ses émotions et surtout, d'habitude elle était de l'autre côté de l'objectif. Fabiola, elle aussi semblait indécise, elles se regardaient, attendant chacune que l'une ou l'autre prenne l'initiative : |
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