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Blandine Lefèvre, serpillière,  les causeuses, voix des femmes, atelier d'écriture, Hérouville Saint Clair, Joëlle Guillais

 

l'éloge de la serpillière

Blandine Lefèvre

"Les causeuses" : atelier d'écriture  avec l'aide de l'auteur Joëlle Guillais. Action soutenue et financée par le Centre régional des lettres de Basse-Normandie.

Format : 14,2x20,5  - 155 pages - 10€

 

Heureusement monsieur le Préfet aimait la littérature et avait le sens de l’humour, il prit le parti de se divertir de cette aventure littéraire. Mais il convoqua sur-le-champ notre écrivaine afin de la sermonner et de l’empêcher, par la suite, de nuire à cette association si précieuse, car grâce à La Voix des femmes, on évitait peut-être le pire, avait il ajouté en souriant. Par la suite, il fallut rendre des comptes sur les ateliers d’écriture. Le Ministre vint en compagnie du Président du Conseil Général au 209 quartier du Grand Parc. Tous deux furent consternés à l’idée qu’ils avaient financé les ateliers. On ne les reprendrait plus à faire confiance aux femmes ! Ah que non ! Toutes des causeuses potentiellement dangereuses ! Mettez-vous à la place de ces deux hommes au pouvoir, en costume cravate, lisant à voix haute un des thèmes sulfureux de l’atelier :« Chères amies écrivaines, en ces temps de canicule sociale, nous allons inaugurer aujourd’hui un thème littéraire jamais abordé depuis des siècles : « ÉLOGE DE LA SERPILLIÈRE » dont voici quelques morceaux choisis que nous vous livrons tels quels et que nous vous conseillons de lire à voix haute à tous ceux et celles qui cachent leurs serpillières ou la jettent aux orties :

  « Serpillière. Serpent. Servante rampante. Sérieux outil absorbant. Guenille souple et parfois odorante, mollesse grise. Viscosité exquise, ondulante, fluctuante. Humidité fétide. Haleine tiède. Tu t’étales, tu t’affales, tu t’aplatis, tu gémis. Tu te laisses aller. Disponible, pour voir venir les poils jaunes et flexibles, frisés et ruchés d’un lave-pont en mal de tango. Tu le frôles de tes franges, tu l’étreins de ta toile. Tu enroules ta jupe gitane autour du manche de bois brut. Tu t’entasses. Tu t’amasses pour qu’il t’enlace, qu’il te ramasse. Tu te balances, tu t’accroches, tu ricoches, hop sur trois croches... Tu glisses. Plus rien n’arrête la folle course. Les parquets vernissés succèdent aux pavés, les carrelages aux dallages. La danse s’amplifie, tu t’envoles, décolles, frivole. Toujours plus enlevée, toujours plus rapide. Échevelée, décervelée, abandonnée.

Tu rencontres un peu de terre brune, les marques des pattes du chien, trois gouttes du café du matin. Puis il reste encore quelques miettes et... enfin un relief de savon et une larme de parfum. Quel butin !Tu glisses, rien ne t’intéresse que ton beau cavalier.

Et puis, soudain la danse cesse. Tu retombes inerte, épuisée et ravie, souillée, fatiguée, toujours offerte. C’est l’heure des ablutions. C’est l’abandon. Deux fines mains blanches te prennent, te soignent, un repos bien mérité dans l’évier : eau froide, eau tiède, tu te prélasses et tu rêvasses. Tu t’immerges. Tu fais la planche. Tu fais même des bulles, tu es bien enfin !

Puis, sans prévenir, les deux mains reviennent. Elles t’empoignent, te tordent pour te faire rendre tout ce que tu as pu digérer. Elles te broient. Elles t’étirent et t’essorent, pour te laisser, presque asséchée, sur le bord de l’évier.

Nul ne dira jamais assez la grandeur des services rendus par TOI, Serpillière de mon cœur ! Mais qui saura tout le plaisir de ce tango que tu es prête à échanger contre une valse ou un mambo ! »

Dominique  Mathieu

 

« La serpillière est un outil d’hygiène sol-sol appréciable dans une maison. Elle ramasse toutes les saletés laissées au sol. Elle enveloppe les salissures et les attrape dans son tissu gris parfois bordé de bandes rouges, bleues, jaunes. La serpillière fait le net.

Nous pouvons parler de l’éloge de la serpillière. La serpillière n’a pas un rôle facile. Vous vous imaginez en serpillière ? L’homme de ménage vous attrape, vous trempe dans l’eau chaude javellisée qui sent le pin ou la farigoulette. Et que j’te trempe, et que j’t’essore, et que j’te tords, puis j’t’allonge sur le sol froid de la cuisine. Une pause, ouf! Puis arrive le balai-brosse. Il pique fort, surtout quand il y a des taches grasses, collantes. Et que j’te frotte... terrible, terrible. C’est terrible! Je sens mes lambeaux de chair qui s’usent à force de frotter et, au bout de quelques mois, je suis à jeter, pleine de trous. Alors là, je suis mise à l’entrée de la maison qui donne dans le jardin. Je sers à essuyer les chaussures pleines de terre. J’en vois de toutes les couleurs, les bottes de Jojo qui s’écrasent et se frottent sur ma toile : il chausse du 46, ça fait mal ! Me voilà pleine de terre maculée de crottes de chien. C’est franchement dégueulasse. »

 

© La voix des femmes

 

 

 

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Dernière modification :26 juin 2008